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Qui enseignera au secondaire ? Le défi des professeurs, chantier n°1 des lycées et collèges camerounais

Publié le · Politiques publiques & enseignants

Co-signé par NGAN Pulchérie Bardo, institutrice expérimentée, coach certifiée et enseignante certifiée en Programmation Neurolinguistique (+237 650 90 80 23) et MATIP KENDEG Charles Lwanga, expert en politiques publiques, enseignant du secondaire expérimenté, coach certifié et enseignant certifié en Programmation Neurolinguistique (+237 699 08 68 52), avec l'équipe Lycées et collèges du Cameroun.

Imaginons un lundi matin, sept heures et demie, dans une classe de Seconde. Soixante-dix élèves attendent leur professeur de mathématiques. Il n'arrivera pas : le poste est vacant depuis la rentrée, et l'association des parents cherche encore quelqu'un à payer pour le tenir. Cette scène, beaucoup de parents et d'enseignants la reconnaîtront. Elle résume la vraie question de cette rentrée au secondaire : aurons-nous assez de professeurs, bien formés et réellement présents, face à nos enfants ?

Après le primaire, la route se rétrécit vite

Il faut d'abord regarder le chemin que font nos jeunes. D'après les données synthétisées pour 2025 à partir de l'UNESCO, près de quatre enfants sur dix qui terminent le primaire n'entrent pas au collège. On estime qu'environ 44,5 % des jeunes en âge d'être au collège, et 71,9 % de ceux en âge d'être au lycée, ne sont pas à l'école. Dit autrement : sur cent enfants, une cinquantaine achève le collège, et une vingtaine seulement va au bout du lycée. Notre secondaire accueille beaucoup de monde à l'entrée, mais il en laisse partir énormément en chemin.

Tout se joue devant le tableau

Un lycée vaut ce que valent ses professeurs. Et c'est là que ça coince. En janvier 2025, la presse spécialisée comptait environ 1 226 enseignants manquants dans le secondaire. En décembre 2025, la seule région du Centre signalait 637 personnels absents de leur poste. Pourtant, le ministère des Enseignements secondaires (MINESEC) représente à lui seul près de 34 % de la masse salariale de la fonction publique. Le problème n'est donc pas seulement de créer des postes. Il faut aussi que les enseignants affectés rejoignent vraiment leur établissement, y restent, et soient mieux répartis sur le territoire.

Les écoles normales rouvrent leurs portes

Une bonne nouvelle est tombée en début d'année. Après trois ans sans concours — le dernier datait de 2022/2023 —, l'État a rouvert en 2026 l'entrée des écoles normales supérieures. Le communiqué du 13 janvier 2026, signé du ministre de l'Enseignement supérieur Jacques Fame Ndongo, a ouvert 2 500 places : 1 300 à l'École normale supérieure (ENS), sur cinq sites (Bambili, Bertoua, Buea, Maroua et Yaoundé), et 1 200 à l'École normale supérieure d'enseignement technique (ENSET), sur quatre sites (Douala, Ebolowa, Kumba et Bambili). On y entre avec le baccalauréat pour le premier cycle, avec la licence pour le second. C'est là que se forment les professeurs de nos lycées et collèges. Rouvrir ces portes, c'est le signe le plus concret d'une volonté de reconstruire le vivier.

Soyons lucides sur ce que cela ne réglera pas

Former ne suffit pas. Il faut ensuite recruter, affecter, et payer à temps. Ces dernières années, le secondaire a connu des tensions répétées autour des arriérés de salaire et du statut des enseignants. Dans de nombreuses classes, ce sont des vacataires ou des enseignants payés par les associations de parents qui bouchent les trous. Deux mille cinq cents places par an ne combleront pas d'un coup un déficit installé, surtout avec les départs, les mutations et les absences. Reconstituer le corps enseignant prendra plusieurs années. Pas une seule rentrée.

D'une région à l'autre, deux réalités

Les écarts entre régions se voient jusque dans les résultats d'examen. À la session 2026 du baccalauréat, le taux de réussite allait d'environ 54 % dans le Sud-Ouest à environ 26 % dans l'Extrême-Nord : du simple au double. Il y a pourtant une note d'espoir. Les filles réussissent désormais mieux que les garçons à tous les niveaux du secondaire (UNESCO, 2025), un vrai renversement par rapport aux décennies passées. Envoyer des professeurs qualifiés là où ils manquent le plus reste sans doute le levier le plus rentable pour réduire ces écarts.

Aider les jeunes professeurs à tenir, et les élèves à y croire

Pensez au jeune professeur qui sort de l'ENS ou de l'ENSET et découvre, en octobre, une classe de quatre-vingts élèves dans un établissement qu'il ne connaît pas. Lui, et le chef d'établissement qui l'accueille, peuvent trouver dans quelques outils de la Programmation Neuro-Linguistique (PNL) une aide très pratique. Le premier, c'est le modelage : plutôt que de laisser le débutant réinventer son métier seul, on lui fait observer de près les professeurs les plus efficaces du lycée — comment ils tiennent une grande classe, donnent une consigne, organisent le tableau et gèrent le temps — puis on décompose ces gestes pour les lui transmettre. Le deuxième, c'est l'objectif bien formulé : au lieu du vague « il faut mieux travailler », chaque enseignant, et chaque élève de la 6e à la Terminale, se fixe pour le trimestre un but précis, positif, mesurable et qui dépend de lui. Le troisième, c'est le recadrage : quand un élève lâche « je suis nul en maths », on l'aide à dire plutôt « je ne maîtrise pas encore cette notion ». À l'âge où l'estime de soi est fragile, ce petit mot change la façon d'apprendre. Ces techniques de communication ne coûtent rien. Elles ne remplacent ni les programmes de formation ni des effectifs raisonnables ; elles viennent en complément du travail des grandes écoles.

Et nous, parents, que pouvons-nous faire ?

Beaucoup plus qu'on ne le croit. Suivez l'orientation dès la 3e et la 2nde : le choix entre l'enseignement général et le technique engage tout le parcours de votre enfant, alors renseignez-vous sur les filières que l'établissement propose réellement. Demandez aussi de la transparence sur les enseignants de sa classe — titulaires, vacataires, postes vacants : c'est un droit des parents membres de l'APEE. Et si une classe reste sans professeur, signalez-le à la délégation d'arrondissement des enseignements secondaires, sans attendre que l'année entière passe.

Sources.
  • Réouverture des concours ENS/ENSET 2026, 2 500 places (1 300 ENS : Bambili, Bertoua, Buea, Maroua, Yaoundé ; 1 200 ENSET : Douala, Ebolowa, Kumba, Bambili), communiqué du 13 janvier 2026 — EcoMatin
  • Déficit et absentéisme des enseignants du secondaire (≈1 226 manquants en janvier 2025 ; 637 personnels absents dans le Centre en décembre 2025 ; part du MINESEC dans la masse salariale) — DataCameroon ; Camer.be
  • Scolarisation au secondaire, achèvement collège/lycée, transition depuis le primaire, taux de réussite au baccalauréat 2026 par région, parité filles-garçons — synthèse « Éducation au Cameroun : état des lieux 2026 » (d'après UNESCO, INS, MINESEC)

Chiffres à la date de publication (10 septembre 2026), arrondis, provenant des sources citées ; certains portent sur des années antérieures explicitement indiquées et peuvent être révisés. Cet article d'information ne remplace pas les communications officielles du MINESEC.

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